Tempus fugit

Le temps fuit et nous n’y pouvons rien ! Le temps nous échappe, incontrôlable ! Cette constatation peut faire naître en nous des angoisses, notamment en lien avec notre propre finitude.

L’industrie nous propose des moyens de lutter contre cette impuissance. La cosmétologie nous promet des crèmes qui retardent les premiers signes du vieillissement; l’alimentaire nous vend des eaux quasi miraculeuses préservant la jeunesse de notre organisme; la médecine nous incite à une activité physique régulière pour garder la tonicité de nos articulations ! Et ne parlons pas de la mode qui fait que ce qui était à la mode l’été dernier ne le sera plus cette année, nous obligeant à renouveler toute notre garde-robe. Le temps passe et il passe vite !

Le temps passe et rien ne peut l’en empêcher. L’hyperactivisme est une attitude tentant de lutter contre la fuite du temps: la vie est courte, alors profitons-en au maximum, multipliant les activités de toutes sortes, réduisant à presque rien le temps libre, disponible.

Notre rapport au temps change aussi selon les âges de la vie : quand on est petit, on aimerait que le temps passe plus vite pour être grand. Quand on travaille, on se réjouit de la retraite pour avoir, enfin, du temps. Quand on devient âgé, et même très âgé, on trouve que le temps devient long, qu’il passe trop lentement.

Le Christ nous incite à vivre le temps présent. Il ne s’agit pas d’espérer des temps meilleurs dans un avenir improbable. Ce n’est pas non plus la peine de regretter le passé, on ne peut plus le changer (Qui de vous peut, à force d’inquiétude, prolonger sa vie, ne serait-ce que de quelques instants ?, Mt 6,27). Jésus Christ nous rappelle que chaque jour est don de la grâce de Dieu. Chaque jour, Dieu nous accorde son amour et son pardon. Chaque jour, nous devenons, dans notre relation aux autres, des témoins de cet amour et de ce pardon. Le Royaume, certes, est à venir : il nourrit notre espérance. Mais, et en même temps, il est à instaurer ici, dans ce monde-ci et dans le quotidien de notre existence (Ne vous inquiétez pas pour le lendemain; le lendemain se souciera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine, Mt 6,34).

Le temps passe et nous ne pouvons modifier sa course. Mais nous pouvons changer le regard que nous portons sur le temps et sur le monde. Au lieu de nous projeter dans demain, profitons d’aujourd’hui. Au lieu de ressasser hier, jouissons de ce jour. Mettons de côté un peu de cette denrée rare qu’est le temps, pour retrouver et fortifier notre relation à Dieu et aux autres. Entrons sans cesse en relation avec ce Dieu qui défie le temps et accompagne chacun de ses enfants dès avant sa naissance et au-delà de sa mort.

Regretter hier ne sert à rien.

Espérer demain est illusoire.

Vivre pleinement aujourd’hui est répondre à l’appel du Christ.

Le baptême de Jésus


S'il y a un événement de la vie du Christ à propos duquel les quatre évangiles sont unanimes, c'est bien celui de son baptême. C'est le point de départ de l'activité publique de Jésus. Jusque-là, on sait bien peu de choses à son sujet.

Mais, en même temps, s'il y a bien un événement gênant dans la vie de Jésus, c'est celui-ci ! Pourquoi donc Jésus, qui est le fils du Dieu très-haut, qui n'a commis aucun péché, devrait-il donc se faire baptiser, en vue justement du pardon, puisque le baptême que pratique Jean est un acte de repentance ?

Avant de répondre à cette question, intéressons-nous à ce personnage un peu énigmatique : Jean le Baptiste. Luc en fait le cousin de Jésus, lui aussi enfant d'une naissance miraculeuse. C'est un ascète, retiré au désert, vêtu d'une peau de bête et qui se nourrit de miel et de sauterelles. Il baptise dans le Jourdain et presse les foules de se repentir, afin d'échapper à la colère de Dieu. Ceux qui confesseront leurs fautes seront purifiés en étant plongés dans l'eau. Une fois baptisés, ces gens devenaient disciples du Baptiste.

Alors, comment comprendre que Jésus ait demandé le baptême de repentance de Jean ? Il est raisonnable de penser que Jean fut le maître spirituel de Jésus. En se faisant baptiser, Jésus reconnaît la pertinence de la prédication et l'autorité de Jean le Baptiste. D'ailleurs, Jésus baptisera, lui aussi. Mais, pour Jésus, le moment du baptême devient une expérience quasi mystique : voici que le ciel s'ouvre, l'Esprit de Dieu se manifeste en descendant sous les traits d'une colombe et une voix se fait entendre : Tu es mon fils bien-aimé, c'est en toi que j'ai pris plaisir !

Evidemment, personne ne peut aujourd'hui affirmer que tout s'est passé ainsi, mais ce qui est important c'est le sens de cette expérience. Pour Jésus, il devient évident qu'il a une vocation unique; il en prend conscience à ce moment précis. Il annoncera que le Royaume s'est approché, qu'il est même au milieu de nous. Mais bien plus, par sa personne même, par cette vocation reçue, Jésus est la manifestation du Règne de Dieu.

Le baptême est un sacrement. C'est-à-dire le signe visible de la grâce invisible de Dieu pour chacun de nous. La grâce et l'amour de Dieu sont premiers. Dieu nous a aimés, avant même que nous l'aimions ou que nous manifestions une quelconque gratitude à son égard; avant même que nous ayons conscience de son amour. C'est donc ainsi qu'il faut comprendre le baptême des enfants : le signe que Dieu aime, comme un père, comme une mère, avant même que l'enfant ait la simple idée qu'il peut exister un autre père que son père, ou une autre mère que sa mère.

Tu es mon fils-ma fille bien-aimé-e. C'est en toi que je prends plaisir. Ces paroles du Dieu des cieux s'adressent à chacun de nous. Bien que ce soit un événement unique, nous ne nous souvenons peut-être pas de notre baptême. Il est en tout cas un signe très fort de l'amour que nos parents nous ont porté. Ils ont voulu publiquement placer notre existence sous le regard bienveillant de Dieu, nous confier dans les bras du Dieu d'amour.

Ainsi le baptême n'est plus seulement un acte de repentance. Il est le moment dans une vie où l'esprit vient du ciel à notre rencontre. Pour Jésus, ce fut l'occasion d'entendre qu'il était le fils privilégié de son Père dans les cieux.

L'Esprit se matérialisa sous la forme d'une colombe. Oiseau de paix par excellence. Ainsi, le regard que pose Dieu sur chacun de nous est un regard d'amour et de paix qui nous sont donnés dès avant même que nous en ayons conscience. Pour nous aussi, même si nous ne l'avons pas gardé en mémoire, ce fut l'occasion de recevoir l'Esprit du Dieu du ciel. Ce fut aussi la révélation en notre coeur de la vocation qui sera la nôtre plus tard : celle d'être, à l'image du Christ, des fils et des filles de Dieu, messagers d'amour et de paix.

Quel plus beau cadeau que celui d'être aimé du Père ! Avant toute chose, l'amour de Dieu est là. Qu'aujourd'hui encore, ces paroles résonnent en notre coeur : Tu es mon fils-ma fille bien aimé-e, c'est en toi que je prends plaisir.

Amen.

Photo personnelles (c) mars 2009

Qui sont ces mages ?

Que sait-on vraiment de ces mages ? Que nous dit l’Ecriture à propos de ces voyageurs ? Ils viennent d’Orient et suivent une étoile. Ils vont rendre hommage à l’enfant en qui ils voient le roi des juifs, lui apportent des présents. Puis s’en vont.

Ce n’est que bien plus tard que la tradition les a vus trois et leur a donné un nom : Gaspard, Melchior et Balthazar. Elle a vu en eux les ambassadeurs des nations païennes reconnaissant en Jésus nouveau-né un roi.

Le mot mages est sujet à discussion quant à sa signification : prêtres, magiciens, astrologues. On peut penser que ces hommes étaient habitués à observer le ciel. Et c’est dans le ciel qu’ils remarquent un astre inhabituel, si inhabituel qu’ils se mettent en route pour le suivre. Savaient-ils seulement où cette lumière allait les conduire ?

Ces mages, sans doute érudits, ont fait confiance. Ils ont abandonné leurs certitudes, une partie de leur savoir, pour aller à la rencontre de l’inconnu.

Arrivés à Jérusalem, ils rencontrent effectivement un roi, mais pas celui que l’étoile leur désignait. Et là encore, ils ont fait confiance. Ils ont écouté les scribes, ceux-là mêmes qui, par leur connaissance des Ecritures, auraient dû se mettre en marche pour aller, eux, honorer leur roi.

Les voyageurs trouvent enfin, à Bethléem de Judée, l’enfant promis. Le roi. Mais pas un roi vêtu de pourpre, couvert d’or. Non, ils sont venus pour voir un enfant nouveau-né, vêtu de langes et couché dans la paille. Ce sont eux, les mages qui lui apporteront l’or, l’encens et la myrrhe.

Enfin, faisant une fois de plus confiance à ces signes qui les guident, ils écoutent le songe d’une nuit et s’en retournent dans leur pays par un autre chemin, désobéissants ainsi au roi Hérode, mais obéissant à la voix de Dieu.

Faire confiance. Voir et écouter les signes, puis retourner à son quotidien, mais marqué par la rencontre de l’incarnation de la promesse de Dieu. Voilà ce qui caractérise ce récit. Si ces savants avaient des connaissances pointues, ils ont accepté d’écouter leur cœur, de partir vers l’inconnu pour y faire une rencontre qui bouleversa leur existence. Ils ont accepté de se défaire de leurs richesses, de se laisser conduire par quelque signe qui les dépassait.

Aujourd’hui, et pour chacun de nous, ce récit a quelque chose à dire. Que savons-nous de notre avenir, des jours, des semaines ou des mois à venir. Ne sommes-nous pas comme les mages, marchant vers l’inconnu ? Mais comme les mages, nous ne marchons pas aveuglément. Nous suivons un signe donné par Dieu : l’amour de Dieu a pris corps en Jésus Christ. Et nous vivons, par la foi, de cette promesse que ce même Jésus Christ est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Aujourd’hui encore, ces mages nous invitent à marcher à leur suite, faisant confiance. Prêt à nous défaire de certitudes trop rassurantes pour aller, humblement, à la rencontre du Seigneur. Jour après jour, dans le plus ordinaire de notre quotidien, Dieu nous donne des signes de sa présence et de sa promesse d’amour : une rencontre, une parole, un regard, un geste échangés sont autant de signes concrets qui nous rappellent son amour. Amour renouvelé et visible pour autant que nous ouvrions notre cœur pour l’accueillir… Tout comme les mages venus d’Orient.


Image personnelle (c) avril 2009

L'unité au quotidien


Lettre aux Ephésiens 4.1-6
L'apôtre Paul écrit aux croyants d'Ephèse alors qu'il est en prison à cause de la Bonne Nouvelle reçue de Christ. Il connaît cette communauté, puisqu'il a déjà eu l'occasion de la rencontrer lors de son troisième voyage missionnaire en Asie mineure. Et, à son arrivée, il y eut un tumulte entre les proclamateurs de l'Evangile et des artisans façonnant des statues du temple dédié à la déesse grecque Artémis, temple considéré comme l'une des Sept Merveilles du monde.

Ce court rappel et cette mise en perspective me semblent importants pour la suite de notre réflexion.

Dans le texte d'aujourd'hui, Paul insiste sur l'unité de la foi. Avoir la foi, la pratiquer, implique une manière de vivre ensemble qui soit digne de cette foi nouvelle pour les Ephésiens : je vous exhorte donc à marcher d'une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec amour, vous efforçant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. Je trouve que Paul met la barre haut ! Parce que, croyants ou non, en Eglise ou dans la vie quotidienne, dans nos relations avec nos proches, nos collègues ou des étrangers, il n'est pas toujours facile de faire preuve d'humilité et de douceur. Il m'arrive, mais sans doute à vous aussi, de sortir de mes gonds !

Je crois que le message de Paul n'est pas une invitation à tomber dans la mièvrerie, dans une sorte de comportement "tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil !" Le message central de ce texte est que l'unité dans l'Esprit et l'unicité de Dieu sont des évidences, des piliers de la foi qui ne sauraient être remis en question. Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.

La vocation nouvelle à laquelle les croyants d'Ephèse ont été appelés est celle d'être, eux des païens, des non juifs, membres du corps du Christ, de ce corps qui prendra bientôt le nom d'Eglise. Ainsi, être membres du corps de Jésus Christ, implique de rejeter tous les autres dieux, toutes les idoles qui ont pu être les leurs auparavant. Et c'est ici que le rappel du tumulte entre les artisans qui façonnaient des répliques du temple d'Artémis et Paul est important. Si nous croyons en Dieu, seul Seigneur, seul Dieu et Père de tous (ici Paul insiste), nous devons par conséquent nous détourner des idoles de notre monde et elles sont nombreuses, ces images faites de mains d'hommes. Pensez par exemple à l'argent qui gouverne le monde, une crise financière et voilà notre société plongée dans la panique ! Le désir d'en gagner toujours plus, la peur d'en manquer. La réussite sociale et professionnelle : acquérir du prestige et la considération des autres, être reconnu, avoir un certain train de vie, posséder des biens matériels.

Mon propos n'est pas de dénigrer tout cela et de prétendre qu'il est malsain de jouir d'un certain confort. Non ! Ce que je veux mettre en évidence, en écho aux propos de Paul, c'est la place que nous accordons à ces commodités dans notre vie. Sont-elles devenues des éléments si indispensables que nous tendions les diviniser ou sont-elles des moyens de vivre ?

Pour Paul, tout comme le Christ l'a dit avant lui, il n'est pas possible de servir deux maîtres à la fois. Dieu est le seul maître qui mérite d'être servi et suivi par le médiateur qu'Il a envoyé dans le monde, Jésus Christ notre Seigneur. Ce Dieu est si riche en plénitude qu'Il est, comme le dit Paul : au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous. Il nous comble de ses bienfaits au-delà de nos attentes et nous accorde sa grâce sans que nous le méritions par nos oeuvres.

Evidemment, nous sommes tous différents, chacun avec sa personnalité, ses qualités et ses défauts. Nous avons tous une vie propre qui est la nôtre. Mais, croyants en un Dieu unique, nous sommes unis à Lui et les uns les autres par l'Esprit saint. Ce n'est pas un esprit de rivalité ou de jalousie, mais un Esprit d'unité et d'union. Dans la première lettre que Paul adresse aux Corinthiens, il parle aussi du corps : Ainsi, le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres... Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

Etre membres du corps du Christ, c'est partager une même foi, une même espérance, un même baptême, bien que dans les faits, ceux-ci puissent prendre des formes un peu différentes. Nos Eglises ont a coeur de vivre leur foi dans l'unité, mais pas dans l'uniformité. Il ne s'agit pas de gommer nos particularités, de renier nos origines ou de nous fondre dans une sorte de "religion standard", mais de vivre ensemble l'unité du corps, de partager ensemble la foi et l'espérance que nous plaçons dans le Dieu des cieux, tout en gardant ce qui fait notre identité propre. Nous en sortirons grandis !

Avant de conclure, j'aimerais faire un clin d'oeil à Jean Calvin, le réformateur français dont nous célébrons cette année le 500e anniversaire de sa naissance. Calvin accorde une grande place à l'Esprit. Pour lui, la foi nous est donnée par le Saint-Esprit. Ce dernier utilise la foi comme le ciment qui nous lie au Christ. C'est aussi cet Esprit, troisième forme trinitaire, qui nous donne l'assurance d'être sauvés non par nos propres actes, mais par la grâce imméritée de Dieu seul. Mais je m'arrête là, car ce thème mériterait à lui seul de longues heures de débat.

Revenons aux propos de l'apôtre des Gentils, celui qui a eu pour vocation de proclamer l'Evangile aux païens. Il nous exhorte à vivre l'unité au quotidien, à nous supporter les uns les autres, en nous respectant tels que nous sommes, chacun étant un membre à part entière du corps de notre Seigneur Jésus Christ. Il nous rappelle aussi que c'est par la paix que nous vivrons cette unité donnée par l'Esprit. Cela n'est pas facile, cela n'est pas inné. C'est un défi de chaque jour ! Mais si nous plaçons notre confiance et notre espérance dans le seul Dieu et Père de tous, reconnaissant en Lui le seul maître digne d'être servi et suivi, alors nous pourrons être les membres vivants du corps de notre Seigneur Jésus Christ, membres audacieux, prêts à vivre d'une manière digne de la vocation qui nous a été adressée.


Amen.

Source de l'image : photo personnelle (c) avril 2009.

Entre ciel et terre : l'Ascension

Lecture : Actes 1.1-12

La terre et le ciel. Le ciel et la terre

Le récit de l'Ascension du Christ fait écho à celui de la naissance de Jésus. A Noël, c'est le Ciel qui rejoint la terre. Le Dieu d'en haut vient habiter la terre d'en bas. Ce Dieu d'amour s'incarne dans l'humain.

A l'Ascension, c'est la terre qui s'élève un peu plus vers le ciel. Jésus, notre frère, humain parmi les humains, celui qui est ressuscité, qui a vaincu la mort, retourne au ciel, attirant nos regards vers le haut. A Pâques, au pied de la Croix, nous étions dans la tristesse, le regard baissé, désabusé et voilà que Jésus nous exhorte à lever les yeux vers le ciel.

Le Christ est à l'image de l'arbre. Il est profondément enraciné dans la terre, dans cette terre crée par Dieu et il tend vers le ciel. Il nous encourage à être de vrais humains, avec les pieds sur terre, conscients de nos faiblesses et de nos limites, mais avec la tête dans les étoiles, prêts à suivre l'appel du maître.

Mais contrairement à l'arbre, nous ne devons pas rester immobiles, indéracinables. Nous ne devons pas rester de bois ! Aux disciples qui étaient émerveillés par ce spectacle, qui se laissaient porter, eux aussi, à la suite du Christ, les anges viennent leur rappeler qu'ils sont d'en bas, de la terre. Le Fils leur a promis que c'est en bas qu'ils recevront l'Esprit venu d'en haut. Que cette œuvre se poursuivra sur la terre, par eux, avec l'aide du ciel.

Dieu, celui en qui nous croyons, est proche. Il s'abaisse vers nous. Il n'est pas un être majestueux, assis sur son trône quelque part, à des années-lumière de nos préoccupations, de nos doutes ou de nos peurs.
Il est celui qui rapproche le ciel de la terre. Il fait habiter le ciel sur la terre. Et il nous a offert un médiateur en la personne de Jésus-Christ.

Le Christ est le trait d'union entre le Ciel, Dieu, et la terre, nous. Il est celui qui est venu et celui qui s'en retourne vers le Père, après avoir donné son enseignement, après avoir annoncé un Royaume imminent, après avoir guéri des malades, après avoir été la lumière dans les ténèbres de la mort.
Jésus, c'est le seul visage de Dieu que nous avons pu contempler, c'est le seul corps de Dieu que certains ont pu toucher.

Aujourd'hui, le Maître s'en va vers le ciel, rejoindre celui qui l'a envoyé. Il donne aussi une promesse aux disciples. Non, ils ne resteront pas seuls, désemparés, laissés à eux-mêmes. L'Esprit viendra s'emparer d'eux, il fera des foules des témoins louant Dieu jusqu'aux confins du monde ! Les disciples auront aussi à trouver les moyens de poursuivre cette œuvre, de continuer l'évangélisation; de faire en sorte que le ciel et la terre ne soient plus séparés. Que le Dieu d'en haut continue d'habiter la terre d'en bas.

Le récit de l'Ascension est court. Il paraît bien mince en comparaison des récits de la Passion et de la résurrection. Alors que les premiers occupent plusieurs chapitres des évangiles, l'Ascension ne compte que quelques lignes et surtout quelques mots : Jésus s'éleva vers le ciel, pendant que tous regardaient; puis une nuée le cacha à leurs yeux.

Ce récit a surtout une fonction de trait d'union entre Pâques, la résurrection, et Pentecôte, l'Esprit transformant les foules. Le nuage (ou la nuée) cacha le maître aux yeux des spectateurs, comme un voile jeté sur leurs questions, nos questions. Quand viendra la fin, le Royaume ? Que faire maintenant ? Comment continuer ?

Maintenant, c'est à nous, hommes et femmes de la terre, de nous mettre en marche, de proclamer la toute-puissance de Dieu, d'annoncer au monde que Jésus-Christ est ressuscité et qu'il règne, assis à la droite de son Père dans les cieux.


Le ciel et la terre. La terre et le ciel. Avec Dieu, tout est bouleversé. Celui qu'on croyait inatteignable, devient visible. Le ciel vient poser ses pieds sur la terre.
La terre peut toucher du doigt le ciel. Il n'y a plus ni haut ni bas ! Dieu est tout partout !
Ce matin, rappelons-nous que par Jésus-Christ, le Dieu des cieux a habité au milieu de l'humanité. Que par Jésus-Christ, la terre a vu s'approcher le ciel. Que par Jésus-Christ, nous pouvons marcher les pieds sur terre et la tête haute, dans les étoiles.

Souvenons-nous aussi que nous sommes ceux que Dieu a choisis pour être les pieds, les mains et les lèvres de Jésus, aujourd'hui encore. Et que du Ciel, là où il règne, il nous donne la force de poursuivre l'œuvre qui a été la sienne : de faire habiter le ciel sur la terre. Par nos paroles, par nos gestes, par notre présence, nous parviendrons alors, avec les forces données par le Seigneur, à cet exploit que la science ne réussit toujours pas à accomplir : faire entrer le ciel dans la terre !

Amen.

Source de l'image : photo personnelle (c) février 2008.

Tournons-nous vers les vraies richesses


Marc 10.17-31 : la rencontre de Jésus et de l'homme riche

Voici encore le récit d'une rencontre entre deux hommes que tout oppose : Jésus et un homme riche. Le premier est pauvre et n'a pas de maison où se reposer. Le second dispose de tout et même plus : il avait de grands biens nous dit le texte. Jésus qui connaît le chemin menant à la vie éternelle et le riche le cherchant. Et comme souvent dans les Evangiles, de cette rencontre va naître un enseignement pour les disciples et pour nous, parce que Marc, à l'image de Matthieu et Luc, a cru bon d'en faire profiter ses lecteurs.

Que sait-on de l'homme riche ? Il reconnaît en Jésus un enseignant, un maître qu'il qualifie de bon. Jésus rappelle que seul Dieu est bon. Rencontre de deux compréhensions. Il connaît et observe la loi de Moïse. Il a de grands biens, mais il lui manque quelque chose, une seule chose, lui dit Jésus. Pour gagner ce quelque chose, il doit se défaire de tout le reste, de ses richesses, en en faisant profiter les pauvres. La réponse de Jésus l'attriste, car il comprend que ce qu'il considérait comme "bon", peut-être comme le signe de la bienveillance de Dieu, n'était pas suffisant pour entrer dans le Royaume.

Jésus, une fois encore, nous rappelle qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois, et surtout pas l'argent et Dieu. Cela signifie-t-il qu'il faille tout vendre, tout donner, s'endetter et s'appauvrir pour plaire à Dieu ? Non. Il est ici question de priorité et de confiance. Si, comme l'homme riche, on se confie en ses richesses, qu'on y est attaché, qu'on ne peut imaginer les abandonner, pour suivre le Christ, alors, on a fait de ses priorités un mauvais placement. Si la Parole de Dieu est notre richesse, si son enseignement est le trésor que nous chérissons, alors nous avons fait là un placement qui nous rapportera des intérêts.

Avec Dieu, il n'y a pas de demi-mesure. On ne peut pas l'aimer un peu, le servir un peu, l'honorer un peu. C'est tout ou rien ! Ce que Jésus dit à l'homme riche, c'est : ou tu vends tout et tu me suis, ou tu gardes tes biens et tu renonces à me suivre !

Dans cette période de crise financière qui bouleverse les valeurs de notre monde, combien de spéculateurs et d'épargnants ont-ils dû, eux aussi, perdre ce en quoi ils espéraient ? Pour certains, ils ont même tout perdu, à leurs dépens ! Ont-ils gagné quelque chose de plus précieux ? Pas si sûr !

Dieu est celui qui a tout donné, jusqu'à son propre Fils, mort pour nous sur la Croix. Le Seigneur n'a pas hésité, il n'a pas dit "Oui, mais…" En Jésus, tous nos péchés ont été pardonnés, une fois pour toutes. Dieu n'est pas un froid calculateur, un commerçant se livrant à des calculs d'épiciers. Dieu aime la multiplication du pardon et de l'amour et non l'addition des fautes et de la culpabilité.

Si Dieu, un jour, a tout donné, à combien plus forte raison, devrions-nous, nous aussi, tout donner, sans compter. Parce que l'amour, cela ne s'achète pas. C'est une richesse qui se divise, qui se partage, sans jamais disparaître. Le pardon, c'est aussi un bien qui se multiplie et qui rapporte… gros.

Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le Royaume. Durs propos de la part du Messie. Cela tient de l'impossible ! Mais, en même temps, Jésus le rappelle, rien n'est impossible à Dieu. Lui, il peut faire passer un chameau dans le trou d'une aiguille !

Les disciples, eux aussi, ont tout abandonné pour suivre celui qui a fait d'eux des pêcheurs d'hommes. Renoncer à son confort personnel, professionnel, oser se remettre en question et prendre des décisions audacieuses, tourner une page du livre de la vie, ne pas regarder en arrière, mais toujours droit devant, voilà ce à quoi nous exhorte Jésus. Même pris par le doute, dans le jardin de Gethsémani, Jésus n'a pas cherché à se dérober, il a accompli la volonté de son Père… jusqu'au bout.

Nous aussi, à des moments de notre vie, nous avons peut-être dû abandonner des certitudes, des sécurités, une assurance certaine, pour nous lancer dans de nouveaux défis, pour suivre la voie qui nous était tracée. Avons-nous regretté nos choix ? Et si c'était à refaire… ?

Avec Dieu, il n'y a pas de doute. Si nous plaçons notre confiance, notre foi, en Lui, dans l'assurance de son amour et de son pardon, alors, nous pourrons marcher à la suite du Christ avec force et courage, renonçant aux richesses bien trop illusoires et séduisantes de ce monde, pour nous tourner vers les vraies richesses, celles qui viennent de Dieu et ainsi recevoir la vie éternelle en partage.

Amen.

Pour découvrir un autre éclairage basé sur le texte de Matthieu 19.16-30 : http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=2317273&rubId=188

Source de l'image : photo personnelle (c) juillet 2008.