L'unité au quotidien
L'apôtre Paul écrit aux croyants d'Ephèse alors qu'il est en prison à cause de la Bonne Nouvelle reçue de Christ. Il connaît cette communauté, puisqu'il a déjà eu l'occasion de la rencontrer lors de son troisième voyage missionnaire en Asie mineure. Et, à son arrivée, il y eut un tumulte entre les proclamateurs de l'Evangile et des artisans façonnant des statues du temple dédié à la déesse grecque Artémis, temple considéré comme l'une des Sept Merveilles du monde.
Ce court rappel et cette mise en perspective me semblent importants pour la suite de notre réflexion.
Dans le texte d'aujourd'hui, Paul insiste sur l'unité de la foi. Avoir la foi, la pratiquer, implique une manière de vivre ensemble qui soit digne de cette foi nouvelle pour les Ephésiens : je vous exhorte donc à marcher d'une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec amour, vous efforçant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. Je trouve que Paul met la barre haut ! Parce que, croyants ou non, en Eglise ou dans la vie quotidienne, dans nos relations avec nos proches, nos collègues ou des étrangers, il n'est pas toujours facile de faire preuve d'humilité et de douceur. Il m'arrive, mais sans doute à vous aussi, de sortir de mes gonds !
Je crois que le message de Paul n'est pas une invitation à tomber dans la mièvrerie, dans une sorte de comportement "tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil !" Le message central de ce texte est que l'unité dans l'Esprit et l'unicité de Dieu sont des évidences, des piliers de la foi qui ne sauraient être remis en question. Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.
La vocation nouvelle à laquelle les croyants d'Ephèse ont été appelés est celle d'être, eux des païens, des non juifs, membres du corps du Christ, de ce corps qui prendra bientôt le nom d'Eglise. Ainsi, être membres du corps de Jésus Christ, implique de rejeter tous les autres dieux, toutes les idoles qui ont pu être les leurs auparavant. Et c'est ici que le rappel du tumulte entre les artisans qui façonnaient des répliques du temple d'Artémis et Paul est important. Si nous croyons en Dieu, seul Seigneur, seul Dieu et Père de tous (ici Paul insiste), nous devons par conséquent nous détourner des idoles de notre monde et elles sont nombreuses, ces images faites de mains d'hommes. Pensez par exemple à l'argent qui gouverne le monde, une crise financière et voilà notre société plongée dans la panique ! Le désir d'en gagner toujours plus, la peur d'en manquer. La réussite sociale et professionnelle : acquérir du prestige et la considération des autres, être reconnu, avoir un certain train de vie, posséder des biens matériels.
Mon propos n'est pas de dénigrer tout cela et de prétendre qu'il est malsain de jouir d'un certain confort. Non ! Ce que je veux mettre en évidence, en écho aux propos de Paul, c'est la place que nous accordons à ces commodités dans notre vie. Sont-elles devenues des éléments si indispensables que nous tendions les diviniser ou sont-elles des moyens de vivre ?
Pour Paul, tout comme le Christ l'a dit avant lui, il n'est pas possible de servir deux maîtres à la fois. Dieu est le seul maître qui mérite d'être servi et suivi par le médiateur qu'Il a envoyé dans le monde, Jésus Christ notre Seigneur. Ce Dieu est si riche en plénitude qu'Il est, comme le dit Paul : au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous. Il nous comble de ses bienfaits au-delà de nos attentes et nous accorde sa grâce sans que nous le méritions par nos oeuvres.
Evidemment, nous sommes tous différents, chacun avec sa personnalité, ses qualités et ses défauts. Nous avons tous une vie propre qui est la nôtre. Mais, croyants en un Dieu unique, nous sommes unis à Lui et les uns les autres par l'Esprit saint. Ce n'est pas un esprit de rivalité ou de jalousie, mais un Esprit d'unité et d'union. Dans la première lettre que Paul adresse aux Corinthiens, il parle aussi du corps : Ainsi, le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres... Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.
Etre membres du corps du Christ, c'est partager une même foi, une même espérance, un même baptême, bien que dans les faits, ceux-ci puissent prendre des formes un peu différentes. Nos Eglises ont a coeur de vivre leur foi dans l'unité, mais pas dans l'uniformité. Il ne s'agit pas de gommer nos particularités, de renier nos origines ou de nous fondre dans une sorte de "religion standard", mais de vivre ensemble l'unité du corps, de partager ensemble la foi et l'espérance que nous plaçons dans le Dieu des cieux, tout en gardant ce qui fait notre identité propre. Nous en sortirons grandis !
Avant de conclure, j'aimerais faire un clin d'oeil à Jean Calvin, le réformateur français dont nous célébrons cette année le 500e anniversaire de sa naissance. Calvin accorde une grande place à l'Esprit. Pour lui, la foi nous est donnée par le Saint-Esprit. Ce dernier utilise la foi comme le ciment qui nous lie au Christ. C'est aussi cet Esprit, troisième forme trinitaire, qui nous donne l'assurance d'être sauvés non par nos propres actes, mais par la grâce imméritée de Dieu seul. Mais je m'arrête là, car ce thème mériterait à lui seul de longues heures de débat.
Revenons aux propos de l'apôtre des Gentils, celui qui a eu pour vocation de proclamer l'Evangile aux païens. Il nous exhorte à vivre l'unité au quotidien, à nous supporter les uns les autres, en nous respectant tels que nous sommes, chacun étant un membre à part entière du corps de notre Seigneur Jésus Christ. Il nous rappelle aussi que c'est par la paix que nous vivrons cette unité donnée par l'Esprit. Cela n'est pas facile, cela n'est pas inné. C'est un défi de chaque jour ! Mais si nous plaçons notre confiance et notre espérance dans le seul Dieu et Père de tous, reconnaissant en Lui le seul maître digne d'être servi et suivi, alors nous pourrons être les membres vivants du corps de notre Seigneur Jésus Christ, membres audacieux, prêts à vivre d'une manière digne de la vocation qui nous a été adressée.
Amen.
Source de l'image : photo personnelle (c) avril 2009.
Entre ciel et terre : l'Ascension
Lecture : Actes 1.1-12La terre et le ciel. Le ciel et la terre
Le récit de l'Ascension du Christ fait écho à celui de la naissance de Jésus. A Noël, c'est le Ciel qui rejoint la terre. Le Dieu d'en haut vient habiter la terre d'en bas. Ce Dieu d'amour s'incarne dans l'humain.
A l'Ascension, c'est la terre qui s'élève un peu plus vers le ciel. Jésus, notre frère, humain parmi les humains, celui qui est ressuscité, qui a vaincu la mort, retourne au ciel, attirant nos regards vers le haut. A Pâques, au pied de la Croix, nous étions dans la tristesse, le regard baissé, désabusé et voilà que Jésus nous exhorte à lever les yeux vers le ciel.
Le Christ est à l'image de l'arbre. Il est profondément enraciné dans la terre, dans cette terre crée par Dieu et il tend vers le ciel. Il nous encourage à être de vrais humains, avec les pieds sur terre, conscients de nos faiblesses et de nos limites, mais avec la tête dans les étoiles, prêts à suivre l'appel du maître.
Mais contrairement à l'arbre, nous ne devons pas rester immobiles, indéracinables. Nous ne devons pas rester de bois ! Aux disciples qui étaient émerveillés par ce spectacle, qui se laissaient porter, eux aussi, à la suite du Christ, les anges viennent leur rappeler qu'ils sont d'en bas, de la terre. Le Fils leur a promis que c'est en bas qu'ils recevront l'Esprit venu d'en haut. Que cette œuvre se poursuivra sur la terre, par eux, avec l'aide du ciel.
Dieu, celui en qui nous croyons, est proche. Il s'abaisse vers nous. Il n'est pas un être majestueux, assis sur son trône quelque part, à des années-lumière de nos préoccupations, de nos doutes ou de nos peurs.
Il est celui qui rapproche le ciel de la terre. Il fait habiter le ciel sur la terre. Et il nous a offert un médiateur en la personne de Jésus-Christ.
Le Christ est le trait d'union entre le Ciel, Dieu, et la terre, nous. Il est celui qui est venu et celui qui s'en retourne vers le Père, après avoir donné son enseignement, après avoir annoncé un Royaume imminent, après avoir guéri des malades, après avoir été la lumière dans les ténèbres de la mort.
Jésus, c'est le seul visage de Dieu que nous avons pu contempler, c'est le seul corps de Dieu que certains ont pu toucher.
Aujourd'hui, le Maître s'en va vers le ciel, rejoindre celui qui l'a envoyé. Il donne aussi une promesse aux disciples. Non, ils ne resteront pas seuls, désemparés, laissés à eux-mêmes. L'Esprit viendra s'emparer d'eux, il fera des foules des témoins louant Dieu jusqu'aux confins du monde ! Les disciples auront aussi à trouver les moyens de poursuivre cette œuvre, de continuer l'évangélisation; de faire en sorte que le ciel et la terre ne soient plus séparés. Que le Dieu d'en haut continue d'habiter la terre d'en bas.
Le récit de l'Ascension est court. Il paraît bien mince en comparaison des récits de la Passion et de la résurrection. Alors que les premiers occupent plusieurs chapitres des évangiles, l'Ascension ne compte que quelques lignes et surtout quelques mots : Jésus s'éleva vers le ciel, pendant que tous regardaient; puis une nuée le cacha à leurs yeux.
Ce récit a surtout une fonction de trait d'union entre Pâques, la résurrection, et Pentecôte, l'Esprit transformant les foules. Le nuage (ou la nuée) cacha le maître aux yeux des spectateurs, comme un voile jeté sur leurs questions, nos questions. Quand viendra la fin, le Royaume ? Que faire maintenant ? Comment continuer ?
Maintenant, c'est à nous, hommes et femmes de la terre, de nous mettre en marche, de proclamer la toute-puissance de Dieu, d'annoncer au monde que Jésus-Christ est ressuscité et qu'il règne, assis à la droite de son Père dans les cieux.
Le ciel et la terre. La terre et le ciel. Avec Dieu, tout est bouleversé. Celui qu'on croyait inatteignable, devient visible. Le ciel vient poser ses pieds sur la terre.
La terre peut toucher du doigt le ciel. Il n'y a plus ni haut ni bas ! Dieu est tout partout !
Ce matin, rappelons-nous que par Jésus-Christ, le Dieu des cieux a habité au milieu de l'humanité. Que par Jésus-Christ, la terre a vu s'approcher le ciel. Que par Jésus-Christ, nous pouvons marcher les pieds sur terre et la tête haute, dans les étoiles.
Souvenons-nous aussi que nous sommes ceux que Dieu a choisis pour être les pieds, les mains et les lèvres de Jésus, aujourd'hui encore. Et que du Ciel, là où il règne, il nous donne la force de poursuivre l'œuvre qui a été la sienne : de faire habiter le ciel sur la terre. Par nos paroles, par nos gestes, par notre présence, nous parviendrons alors, avec les forces données par le Seigneur, à cet exploit que la science ne réussit toujours pas à accomplir : faire entrer le ciel dans la terre !
Amen.
Source de l'image : photo personnelle (c) février 2008.
Tournons-nous vers les vraies richesses

Voici encore le récit d'une rencontre entre deux hommes que tout oppose : Jésus et un homme riche. Le premier est pauvre et n'a pas de maison où se reposer. Le second dispose de tout et même plus : il avait de grands biens nous dit le texte. Jésus qui connaît le chemin menant à la vie éternelle et le riche le cherchant. Et comme souvent dans les Evangiles, de cette rencontre va naître un enseignement pour les disciples et pour nous, parce que Marc, à l'image de Matthieu et Luc, a cru bon d'en faire profiter ses lecteurs.
Que sait-on de l'homme riche ? Il reconnaît en Jésus un enseignant, un maître qu'il qualifie de bon. Jésus rappelle que seul Dieu est bon. Rencontre de deux compréhensions. Il connaît et observe la loi de Moïse. Il a de grands biens, mais il lui manque quelque chose, une seule chose, lui dit Jésus. Pour gagner ce quelque chose, il doit se défaire de tout le reste, de ses richesses, en en faisant profiter les pauvres. La réponse de Jésus l'attriste, car il comprend que ce qu'il considérait comme "bon", peut-être comme le signe de la bienveillance de Dieu, n'était pas suffisant pour entrer dans le Royaume.
Jésus, une fois encore, nous rappelle qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois, et surtout pas l'argent et Dieu. Cela signifie-t-il qu'il faille tout vendre, tout donner, s'endetter et s'appauvrir pour plaire à Dieu ? Non. Il est ici question de priorité et de confiance. Si, comme l'homme riche, on se confie en ses richesses, qu'on y est attaché, qu'on ne peut imaginer les abandonner, pour suivre le Christ, alors, on a fait de ses priorités un mauvais placement. Si la Parole de Dieu est notre richesse, si son enseignement est le trésor que nous chérissons, alors nous avons fait là un placement qui nous rapportera des intérêts.
Avec Dieu, il n'y a pas de demi-mesure. On ne peut pas l'aimer un peu, le servir un peu, l'honorer un peu. C'est tout ou rien ! Ce que Jésus dit à l'homme riche, c'est : ou tu vends tout et tu me suis, ou tu gardes tes biens et tu renonces à me suivre !
Dans cette période de crise financière qui bouleverse les valeurs de notre monde, combien de spéculateurs et d'épargnants ont-ils dû, eux aussi, perdre ce en quoi ils espéraient ? Pour certains, ils ont même tout perdu, à leurs dépens ! Ont-ils gagné quelque chose de plus précieux ? Pas si sûr !
Dieu est celui qui a tout donné, jusqu'à son propre Fils, mort pour nous sur la Croix. Le Seigneur n'a pas hésité, il n'a pas dit "Oui, mais…" En Jésus, tous nos péchés ont été pardonnés, une fois pour toutes. Dieu n'est pas un froid calculateur, un commerçant se livrant à des calculs d'épiciers. Dieu aime la multiplication du pardon et de l'amour et non l'addition des fautes et de la culpabilité.
Si Dieu, un jour, a tout donné, à combien plus forte raison, devrions-nous, nous aussi, tout donner, sans compter. Parce que l'amour, cela ne s'achète pas. C'est une richesse qui se divise, qui se partage, sans jamais disparaître. Le pardon, c'est aussi un bien qui se multiplie et qui rapporte… gros.
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le Royaume. Durs propos de la part du Messie. Cela tient de l'impossible ! Mais, en même temps, Jésus le rappelle, rien n'est impossible à Dieu. Lui, il peut faire passer un chameau dans le trou d'une aiguille !
Les disciples, eux aussi, ont tout abandonné pour suivre celui qui a fait d'eux des pêcheurs d'hommes. Renoncer à son confort personnel, professionnel, oser se remettre en question et prendre des décisions audacieuses, tourner une page du livre de la vie, ne pas regarder en arrière, mais toujours droit devant, voilà ce à quoi nous exhorte Jésus. Même pris par le doute, dans le jardin de Gethsémani, Jésus n'a pas cherché à se dérober, il a accompli la volonté de son Père… jusqu'au bout.
Nous aussi, à des moments de notre vie, nous avons peut-être dû abandonner des certitudes, des sécurités, une assurance certaine, pour nous lancer dans de nouveaux défis, pour suivre la voie qui nous était tracée. Avons-nous regretté nos choix ? Et si c'était à refaire… ?
Avec Dieu, il n'y a pas de doute. Si nous plaçons notre confiance, notre foi, en Lui, dans l'assurance de son amour et de son pardon, alors, nous pourrons marcher à la suite du Christ avec force et courage, renonçant aux richesses bien trop illusoires et séduisantes de ce monde, pour nous tourner vers les vraies richesses, celles qui viennent de Dieu et ainsi recevoir la vie éternelle en partage.
Amen.
Source de l'image : photo personnelle (c) juillet 2008.
Le Dieu de la vie
Genèse 22.1-14 : La ligature d'Isaac
Ce récit de la tentative de sacrifice d'Isaac par son père Abraham aurait sans doute fait la une des journaux à sensations, si ceux-ci avaient existé. Si nous lisons ce texte comme un événement historique, comme le film raconté par un observateur extérieur, alors il y a de nombreux éléments dérangeants, interpellants : qui est donc ce Dieu qui a promis à Abraham une descendance si nombreuse qu'elle ne pourrait être comptée (Gen. 16.10), et qui réclame ce fils unique en sacrifice ? Abraham obéit, sans crier sa douleur, sans se révolter, sans même tenter de "négocier". Et Sarah, la mère, où était-elle ? C'est la grande absente de ce récit. Il me semble évident que des parents auraient été horrifiés par de tels propos, même venant de Dieu.
L'histoire se poursuit : Isaac demande à son père où est l'agneau pour le sacrifice. Son père lui répond : "Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même…" (Gen. 22.8) En d'autres termes, il répond : tais-toi et marche ! Arrive le moment où Abraham attache son fils unique et celui-ci ne se débat pas, il ne lutte pas, il ne cherche pas à fuir… Et enfin, comme dans les contes de fées, au moment suprême, au comble du suspens, un ange providentiel descend du ciel et arrête Abraham dans son geste. Et, comme par magie, il y a là un bélier que personne n'avait remarqué ou entendu avant, qui servira d'holocauste.
Vous le voyez, en essayant de reconstituer ce récit, on est en butte à des incohérences, parce que le sens de ce texte n'est pas à trouver dans une description fidèle de ce qui s'est réellement passé, mais plutôt dans une allégorie.
Dans ce récit, à première vue tragique, il y a une constante : la parole de Dieu. La parole que Dieu adresse aux hommes. Yahvé, le Dieu d'Abraham, s'abaisse à parler à son serviteur et celui-ci répond, il se met à l'écoute. C'est aussi par la parole, et non par le geste, que l'ange arrête le bras du père sur le point de sacrifier son fils. Ainsi, ce Dieu autre est au cœur même de l'humanité par une parole qui met en marche, qui exhorte à quitter ses certitudes et son confort. pour se mettre en danger. La présence est manifestée par la Parole adressée aux hommes.
Contrairement aux dieux des peuples avoisinants, Yahvé n'est pas un Dieu qui réclame du sang, qui ne se délecte pas de chair fraîche. C'est le Dieu de la vie, c'est la source de la vie. Abraham est parti à Morija avec la conviction de revenir seul, et voilà qu'il reviendra avec son fils bien vivant. Abraham a mis toute sa foi dans ce Dieu-là, persuadé que le destin de chaque homme est placé entre Ses mains. Si Yahvé demande Isaac en sacrifice, c'est que cela entre dans le plan qu'Il a pour Abraham et son fils et l'homme se doit d'obéir, de ne pas contrecarrer la volonté divine. "Dieu pourvoira" répond Abraham.
Dans ce texte, il est fait aussi mention d'une longue marche de trois jours, habités par la mort. Pendant cette marche, Abraham sait qu'il s'approche, un peu plus à chaque pas, de la mort de son fils. Il ne renonce pas, il ne cherche pas à fuir. Il trouve prétexte pour laisser les serviteurs au pied de la montagne (Gen. 22.4-5).
Dans cette période de Carême, qui nous conduit inexorablement vers Vendredi Saint, il y a aussi de cette marche vers la mort. Comme Abraham, Jésus, le Fils unique de Dieu, marche à la rencontre de la mort, d'une mort infamante, car, comme Isaac, il n'a rien fait pour mériter pareil destin. A la différence du texte de Genèse, il n'y aura pas d'ange salvateur pour venir arrêter le supplice du Christ… En tout cas, pas avant le matin de Pâques.
Dieu, notre Dieu, est un Dieu de vie ! Il est celui qui, par sa parole, habite notre quotidien et nous rejoint, aussi et surtout dans les moments les plus sombres de notre existence. Dieu mit Abraham à l'épreuve non pas tant pour jouer avec sa foi, mais pour lui prouver que Lui, Yahvé son Dieu, était à ses côtés et qu'Il avait le pouvoir de réaliser ses promesses, que la postérité promise ne serait pas anéantie à la première génération. Mais que, plaçant toute sa confiance dans ce Dieu-là, Abraham avait fait le choix de la vie, de la source de la vie.
En conclusion, la ligature d'Isaac, car il n'y a pas eu de sacrifice humain, nous montre combien Dieu est attaché à la vie de ses enfants, combien il pourvoit à nos manquements, à nos vides. Comme Abraham entendit la voix de l'ange et garda son bras levé, nous aussi, nous avons à tendre l'oreille, à écouter l'envoyé de Dieu, celui qu'Il place sur notre route. Alors que tout semble perdu, joué d'avance, voilà qu'un nouveau rebondissement vient donner une orientation inattendue au cours de la vie ! Vie. Dieu est Vie, il est celui qui a le pouvoir de donner la vie, une vie qui a un sens. Vie. Dieu est celui qui réveillera son Fils au matin de Pâques, prouvant ainsi que la mort ne sera jamais la plus forte.
Amen.
Source de l'image : photo personnelle (c) décembre 2007.
Noël : cherchons la vraie lumière
Luc 2.1-14 : Récit de la naissance de JésusA l'approche des fêtes de Noël, nos rues sont illuminées de mille feux : les vitrines des magasins brillent, des sapins scintillent et des Pères Noël sont éclairés aux façades de nos maisons. Noël, ce n'est plus la fête de la naissance de Jésus, mais plutôt une ode à la gloire de la fée Electricité.
Tout ce clinquant, toute cette lumière contrastent avec le récit que nous donnent les Evangiles. Autour de la Crèche de Bethléem, il n'y avait pas de lumière, si ce n'est celle venue des Cieux, pour annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui dormaient à la belle étoile. La vraie lumière, c'est celle de la naissance de Jésus parmi nous. Et elle eut lieu dans la pauvreté, dans le dénuement, puisqu'il n'y avait même plus de place dans l'auberge pour accueillir le Fils de Dieu.
C'est dans nos ténèbres, dans nos obscurités, dans notre pauvreté (et pas seulement matérielle) que la vraie lumière de notre Seigneur brillera et nous montrera le chemin. Si nous sommes éblouis par tout ce que notre société nous fait miroiter; si nous nous arrêtons à la brillance du papier-cadeau et aux mille petites ampoules des guirlandes, alors, c'est sûr, nous ne distinguerons pas la lueur d'espoir que Dieu a fait venir dans nos vies.
Fermons les yeux un instant. Laissons la place pour notre Père. Regardons au plus profond de notre coeur, de notre être et nous verrons poindre une aube nouvelle, un rai du Soleil divin.
La vraie lumière qui est venue d'en-haut a annoncé aux hommes d'ici-bas : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, Paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes". Aujourd'hui, dans cette inondation lumineuse, sachons rechercher et distinguer l'Amour de Dieu pour chacun de nous; cet amour qui, il y a plus de deux mille ans, s'est manifesté dans la fragilité d'un enfant nouveau-né.
Que l'année à venir soit baignée, pour chacun de vous, de la Lumière de la venue de Jésus parmi nous. Car Noël n'est peut-être qu'un jour comme les autres pour beaucoup, mais chaque jour, c'est Noël, car chaque jour Dieu nous rejoint et éclaire notre route.
JOYEUSES FETES.
Dieu nous fait confiance
Matthieu 25.14-30 : "Maître, tu m'avais remis cinq talents, J'en ai gagné cinq autres, les voici."
Il est vrai que dans la situation économique que nous connaissons, nous aurions tout intérêt à nous montrer prudents, en mettant notre avoir en lieu sûr, à l'intérieur d'un coffre-fort bien protégé, plutôt que de le risquer en bourse. Nous serions plutôt bien inspirés d'agir à la manière du troisième serviteur, qui s'en est allé enterrer son pécule de peur de le perdre.
Mais la logique de Dieu, ce n'est pas la logique des hommes. La logique de Dieu est fondée sur le don gratuit, sur la générosité et sur l'audace. Dieu nous fait confiance. Il a une telle foi en l'homme, sa créature, qu'Il lui confie un trésor, mais ne lui donne pas de mode d'emploi pour le faire fructifier. A l'image de l'homme de la parabole, Dieu donne à chacun selon ses capacités.
Cela rappelle bien sûr aussi l'Ascension : le moment où Jésus quitte ses disciples, les laissant libres et responsables d'aller annoncer la Bonne Nouvelle et de faire des hommes des nations des disciples. Il ne donne pas non plus d'indications précises quant à la façon de bien ou mal agir.
Nous sommes à l'image de Dieu. Nous avons en nous des trésors à partager, à faire fructifier. Et il y a mille et une manières d'y parvenir. Il n'est pas nécessaire de réaliser des prodiges, il n'est question que de confiance, d'audace et de foi.
Etre poltron, faire preuve de timidité, de trop prudence, c'est être semblable au troisième serviteur qui a préféré "sauver" le peu qu'il avait reçu, plutôt que de risquer, soit de tout perdre, soit de gagner. C'est là une leçon à retenir : avoir l'audace de tout perdre peut, souvent, être récompensée par un gain plus important. Cela a souri aux deux premiers serviteurs.
Dans notre vie, ayons à cœur d'être d'audacieux serviteurs de la Parole donnée, de la partager autour de nous, de prendre le risque de la donner, car c'est ainsi qu'elle portera du fruit et qu'elle transformera notre monde.